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Liberté Egalité Fraternité : la devise de la République française mise à mal #covid19 Partie 1 : Liberté

  • Sophie Floreani
  • News
  • Read 397 times Last modified on Martedì, 26 Maggio 2020 15:35

Les Français chérissent leur devise. Mais peut-on encore y croire ? Le 11 mai 2020, jour tant attendu du déconfinement, pourrait sonner comme une victoire durement gagnée.

Mais cette libération a un arrière-goût amer, mêlé de crainte et de tristesse. La crise sanitaire du Coronavirus aura conduit la majorité des gouvernements à confiner leur peuple. Rester chez soi semble avoir été l’unique solution trouvée pour nous sauver de la menace de mort qui pèse sur nos têtes. Si la cause est louable, les directives bousculent la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui figurent en préambule de la Constitution française de la 5ème République. Il en va de même pour la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948 par les Nations-Unies, où « Il est reconnu internationalement que l'homme détient un ensemble de droits opposables aux autres individus, aux groupes sociaux et aux États souverains. » (Source : Encyclopédie Larousse en ligne).

Or, au nom de l’intérêt commun, le confinement décrété par les États nous a privés d’un droit fondamental, pourtant inaliénable et sacré : la liberté. De mouvement, d’action, voire de travail. Jamais l’homme moderne n’avait connu une privation telle sur le plan mondial : frontières fermées, échanges internationaux interdits, rassemblements entre personnes bannis, familles séparées. Le Président Emmanuel Macron parle même de guerre devant un ennemi pourtant invisible et qui touche au hasard.

A l’heure où je rédige mon article, je me trouve encore confinée. Il y a quelques jours, je suis sortie un peu plus longtemps et plus loin que d’habitude (dans le respect des règles, bien

entendu). Malgré le calme alentour, la douce chaleur du soleil sur mon visage et le chant d’oiseaux insolites dans la Ville Lumière, cette promenade m’a laissé une sensation désagréable. Ma sortie avait un air de « liberté conditionnelle ».

L’obligation de respecter la limite de l’heure impartie et de la distance parcourue, de me munir de mon attestation et de ma pièce d’identité en cas de contrôle, de prendre mon gel hydroalcoolique et mon masque, me ramenaient sans cesse à ma condition précaire, tel le prisonnier en sursis. Comme un arrêt sur image, j’assistais avec autant de fascination que de terreur à ce Paris anormalement muet, aux rues endormies, avec ses magasins et restaurants fermés, en croisant quelques rares passants, la plupart masqués. Je fus distraite à la vue des Galeries Lafayette affichant fièrement leurs stores rouges volant au vent tout le long du Boulevard Haussmann désert, mais rien ne suffit à compenser l’impression de néant.

Soudain, des hommes dans une camionnette me klaxonnèrent avec insistance, augmentant mon sentiment de malaise. Paris confinée sonne faux. Ses monuments, ses boutiques font corps avec la foule enivrante et le trafic routier infernal. Paris est amputée. Comme nous tous, citoyens de tant d’autres nations, privés de notre liberté chérie. Nous prenons alors conscience de son importance dans nos vies au quotidien : nous ressentons avec violence son manque. Nous voici obligés d’y réfléchir. Se rassembler, travailler au sein d’un même lieu, voyager, consommer, assister à des spectacles, se promener au gré de nos envies, tout cela nous paraissait normal jusqu’au mois de mars où nos conditions de vie ont basculé, brutalement.

L’homme est un être sociable, il n’est pas fait pour vivre seul mais en société, ne serait-ce que pour la survie de l’espèce. Que penser des drones utilisés ces dernières semaines par les forces de l’ordre dans certaines régions françaises pour contrôler le respect du confinement ?

Comment considérer les mesures prévues quant au traçage des malades du coronavirus et de toutes les personnes avec qui elles ont été en contact ? Selon les propos du Premier Ministre français Edouard Philippe, des équipes de l’Assurance Maladie, appelées « brigades » pourront prochainement « remonter la liste des cas contacts, les appeler, les inviter à se faire tester en indiquant les endroits où ils doivent se rendre, puis vérifier que ces tests ont bien eu lieu, et que leurs résultats donnent bien lieu à l’application correcte de la doctrine nationale. » Au-delà de l’inquiétude que peut susciter l’emploi du vocabulaire martial, s’ajoute la crainte de l’utilisation des données collectées sur les malades et leurs contacts. L’arrivée du coronavirus ne fait d’ailleurs que rouvrir la polémique sur l’acceptation de la 5G.

A travers les données, si celles-ci ne sont pas suffisamment protégées, l’essentiel du « qui suis-je » pourrait se trouver étalé au grand jour, sans nous laisser le choix des personnes et des circonstances auxquelles nous souhaitons ou pas les communiquer. L’exploitation des données sans notre accord viendrait violer notre intimité. Si le retour à la liberté physique nous prive simultanément de nos données personnelles et confidentielles, que va-t-il nous rester ?

Dans le monde d’après, qui sera bientôt notre réalité, il s’agira de rester extrêmement vigilants à ne pas tomber dans un terrorisme sanitaire, qui au nom, du bien public, risquerait de nous priver de l’essence-même de qui et ce que nous sommes : des êtres « libres et égaux en droits ».

 

Sophie Floreani, Paris, 7 mai 2020 Consultante et Ecrivaine Fondatrice et Présidente d’ARA & CO (l’Art de Réussir Autrement) http://ara-and-co.com/ Auteure du Roman Italienne Sang pour Sang, paru chez Books on Demand, Septembre 2019

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